Interview – Denis CEO de Parcoor – expert en IA

Interview d’expert en intelligence artificielle

Bonjour Denis, merci pour votre collaboration et pour votre intérêt pour mon blog spécialisé en actualité digital.

Pour commencer pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour, je m’appelle Denis Capel, j’ai 36 ans et je viens de Lyon que j’ai quitté pour suivre mon épouse, dans le Vercors, où nous vivons aujourd’hui avec nos 2 enfants.

J’ai été, pendant 8 ans, manager dans le Groupe Bocuse où j’ai appris énormément et avec qui j’ai été très heureux. J’ai notamment eu la chance de participer à l’ouverture de plusieurs restaurants, ce qui a probablement révélé chez moi le goût du challenge et de l’entrepreneuriat.

C’est pourquoi, quand mon frère, qui est data-scientist, est venu me voir avec un projet autour de l’intelligence artificielle, j’ai très vite été enthousiaste.

En dehors de Parcoor (mon entreprise), je suis passionné par la montagne, la randonnée, le ski, la nature sauvage. Je suis également pompier volontaire dans la commune où je vis.

Parlez-nous de l’IA. Déjà l’IA qu’est-ce que c’est ? 

Le terme d’intelligence artificielle a été utilisé pour la première fois en 1956 par John McCarthy dans le cadre d’un programme censé “trouver un moyen pour que les machines utilisent le langage, forment des abstractions, des concepts et résolvent des problèmes qui sont maintenant réservés aux humains.”

Très rapidement, l’idée a été d’imiter le fonctionnement du cerveau et de ses réseaux de neurones à travers des algorithmes , ce qui a aboutit à ce qu’on appelle le “machine learning”. Ce n’est pas la seule technique d’IA qui existe mais c’est très majoritairement celle-ci, et son sous-ensemble le “deep learning”, qui est utilisée aujourd’hui.

Pour faire simple, ce sont des programmes qu’on va entraîner, grâce à un grand nombre de données (Big Data), de paramètres, à reconnaître des “modèles” (des images, des situations, des classes…). 

Pouvez-vous illustrer l’IA par un exemple ?

Par exemple : on montre 1M d’images de chats à notre IA, on lui indique qu’il s’agit de chat et ensuite, elle sera capable de reconnaître des chats dans des images qu’elle n’a jamais vu. La machine a appris à reconnaître des chats. Evidemment, reconnaître des chats n’est pas forcément ce qu’il y a de plus utile mais les applications de ce concept de machine learning sont infinies et peuvent être beaucoup plus utiles…

Que pensez-vous du deep learning ?

Le deep learning (utilisation de réseaux de neurones profonds ou convolutifs) permet de résoudre des tâches plus complexes comme le traitement automatique du langage naturel.

 Ca va nous permettre essentiellement 3 choses :

  • Faire des prédictions (ex : prédire un comportement d’achat en fonction de l’historique de la personne, en fonction de personnes qui ont le même profil ou persona de la météo, de la saison, de la géographie, etc.)
  • Faire de la classification (ex.: déterminer en radiologie si une image montre une tumeur ou non)
  • Et prendre une décision (effectuer une tâche en fonction de la prédiction/classification). J’attire l’attention sur le fait que l’IA est très puissante pour accomplir un certain nombre de tâches très précises mais qu’elle n’a absolument aucune capacité d’abstraction ou de cognition, le terme d’intelligence artificielle pouvant prêter à confusion…

“L’IA est au cerveau ce que la vapeur a été au muscle.” C’est une image que j’aime bien car elle montre bien l’importance que va prendre cette technologie et rappelle en même temps que ce n’est qu’un outil. L’IA ne remplacera pas l’humain mais l’aidera dans des tâches répétitives, chronophages et au final peu valorisantes.

Pourquoi d’après-vous, l’IA est un secteur porteur ? 

Au-delà des chiffres et des projections quant aux investissements dans cette technologie, l’omniprésence de l’IA dans notre quotidien (recommandations ciblées, assistants vocaux, voitures de plus en plus autonomes…) et la multiplication des cas d’usages montrent bien à quel point l’IA va transformer nos sociétés et ce dans quasiment tous les domaines : le travail, la santé, la sécurité, les échanges, etc.

L’IA, à travers les solutions qu’elle apporte, peut permettre de répondre aux grands enjeux de nos sociétés en quête de plus de sens, de meilleurs services, de rationalisation de notre production et donc la réduction de notre impact sur notre planète.

Quels sont les principaux points forts de l’IA ? 

Par exemple : chaque année en France, 2,3 Mt d’aliments sont jetées par la distribution et 1,5Mt par la restauration. La problématique de la distribution notamment c’est d’éviter le rayon vide et pour éviter le rayon vide, on évalue toujours les besoins à la hausse.

Ajouter à ça la difficulté à estimer correctement les quantités qui vont être vendues et vous vous retrouvez à ces quantités inacceptables de nourriture jetée à la poubelle. Si on est capable de prédire avec précision combien de fruits, de légumes ou autres aliments vont êtres vendus, on évite le sur stockage et donc le gaspillage. Nous travaillons d’ailleurs, chez Parcoor, avec Quiditmiam.

Quiditmiam est une application anti-gaspillage à destination de la restauration collective, où très souvent, les stocks sont gérés « au doigt mouillé » et où la quantité de plats qui sont préparés par services est fixe (généralement le nombre de personnes inscrites). En intégrant de l’IA à leur solution, on a été capable d’éviter à une petite cantine de lycée de jeter près de 3000 euros de nourriture par mois à la poubelle. C’est énorme !

D’un point de vue personnel, je dirais que c’est sa capacité à faire rêver et à réinventer le futur, à repousser toujours plus loin le champs des possibles.

D’un point de vue plus technique, je dirais que le principal point fort de l’IA, selon moi, c’est sa capacité à traiter un très grand nombre de données et à en tirer de la valeur (si reconnaître des images de chats n’apporte pas beaucoup de valeur, reconnaître des tumeurs dans des mammographies, beaucoup plus)

de manière quasi instantanée.

Dans quelle mesure l’IA peut-elle intéresser les professionnels ?

Il y a de nombreuses raisons qui font que l’IA n’est pas simplement intéressante pour les professionnels mais surtout incontournable.

En effet, l’IA, en optimisant toute la chaîne de valeur d’une entreprise, permet de réduire les pertes et d’augmenter le CA.

D’ailleurs, une étude récente de Enterprise Strategy Group et Oracle (Technologies émergentes : une arme concurrentielle pour les finances et les opérations) montre que les entreprises qui adoptent l’IA et d’autres technologies émergentes pour améliorer leurs finances et leurs opérations accélèrent de 80% la croissance de leurs profits annuels.

Elle permet de réduire les pertes car grâce à l’IA, on peut piloter son activité de manière prédictive :  si je sais avec suffisamment de précision quels produits je vais vendre, je peux diminuer mon niveau de stock, si je peux anticiper à quel moment précisément mes machines vont tomber en panne, je limite le nombre d’interventions pour réparer mes machines et j’évite l’arrêt de la production, etc.

Elle permet d’augmenter le CA de plusieurs façons : 

En automatisant un certain nombre de tâches dans l’entreprise, on peut gagner un temps considérable (sourcing des achats, classification automatique des factures…), temps qui peut être réalloué à des tâches à plus forte valeur ajoutée(management, relation clients…). Certaines de ces tâches ne sont même jamais traitées fautes de temps et de moyens, c’est la fameuse “long tail”, c’est à dire que si 80% des revenus sont générés par 20% des activités, ces 20% vont faire l’objet du maximum des efforts et les autres 80% seront négligées. En travaillant 24H/24, 7J/7 et avec tout le temps la même efficacité, l’IA permet de traiter cette long tail.

En comprenant mieux les comportements de nos clients, on augmente également le CA (ex.: recommandation ciblée dans le e-commerce, meilleure planification dans le retail pour mieux accueillir ses clients et éviter de rater des ventes).

De plus, l’IA est une opportunité pour les entreprises de générer de nouveaux revenus dits “AI first”, en se servant de ses données et de leur valorisation pour créer de nouveaux services. 

Dans ce dernier cas, l’exemple d’Airbus et de la compagnie américaine Delta Air Lines assez parlant : ils ont développé conjointement de nouveaux services de maintenance prédictive basés sur la plateforme Skywise d’Airbus.

« Cette nouvelle alliance va apporter beaucoup de valeur à l’écosystème du health monitoring et de la maintenance prédictive et cela va aider nos clients à opérer d’une manière plus cohérente et unifiée » (Norman Baker, SVP Head of Digital Solutions chez Airbus). Grâce à des capteurs sur leurs avions, Airbus collecte des données sur ses appareils. Avec ses données, Airbus est capable de prévoir précisément quand les pièces de ses avions vont tomber en panne. Ils peuvent désormais proposer à leurs clients (les compagnies d’aviation) un nouveaux service, payant, qui leur permet d’optimiser la maintenance sur leurs appareils : connaître avec précision la date à laquelle il faut effectuer la maintenance permet de regrouper de manière optimale différentes opérations de maintenance et d’allonger la durée des cycles (et donc de réduire leur nombre).

De manière plus générale, l’IA pourrait même permettre de modéliser la réussite d’une entreprise et de l’optimiser avec des algorithmes qui prendraient en compte tous les paramètres qui contribuent à sa réussite.

Comment l’IA peut servir la responsibilité sociétale des entreprises ?

Enfin, dans le cadre de la RSE (responsabilité sociétale des entreprises), l’IA est intéressante. En effet, en automatisant un certains nombre de tâches répétitives et chronophages, l’IA permet de recentrer les métiers sur des tâches plus valorisantes. Elle permet également de lutter contre le gaspillage, des ressources et de l’énergie : en anticipant mieux nos besoins, on peut éviter la surproduction et la surconsommation.

Et pour les usagers ?

Déjà aujourd’hui, en tant que consommateurs, l’IA nous impacte fortement : recommandations ciblées (qui, si elles ne réduisent pas notre exposition globale à la publicité, a le mérite de ne pas nous exposer à tout et n’importe quoi mais plutôt à des produits/services qui nous intéressent), assistants vocaux pour accéder plus facilement et plus rapidement à des services, reconnaissance faciale pour sécuriser les paiements, etc. Globalement, l’IA vise à améliorer l’expérience qui est proposée aux consommateurs.

Au-delà de l’aspect strictement consumériste, l’IA a un réel intérêt pour les citoyens. Comme je l’évoquais plus haut, que ce soit dans la santé, en améliorant le diagnostic voire même en anticipant les éventuels soucis de santé, dans la sécurité (sécurité des lieux mais aussi cybersécurité), dans la lutte contre le gaspillage alimentaire et énergétique (voir la smart city) qui nous concerne tous, individuellement et collectivement, et plus généralement, toutes les projets d’IA qu’on peut mettre derrière le concept de “Tech For Good”.  

Je mentionne également le concept de “Tech For Rescue”, notamment porté par l’association Atraksis, qui vise à améliorer le secourisme. En tant que pompier volontaire, j’y suis particulièrement attaché.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’entreprendre dans l’IA ? 

Je suis passionné par les nouvelles technologies, l’innovation, la science-fiction. 

L’IA, c’est un peu tout ça à la fois. Quand on s’y intéresse et qu’on entrevoit tout ce qu’elle permet de faire, ça fait rêver l’enfant qui est en moi, et comme entreprendre est aussi un vieux rêve…

Parlez-nous de votre entreprise, racontez-nous l’histoire et les enjeux de Parcoor.

Au tout début du projet, il y a un constat, celui de mon frère (co-fondateur) Manuel Capel, qui après six ans d’expérience professionnelle dans le domaine de l’IA, que les entreprises éprouvent de grandes difficultés à déployer des projets data exploitant les possibilités du machine learning et de l’IA. Que ce soit à cause du manque de compétences qui sont encore rares sur le marché, ou du manque de moyens, développer des projets d’IA en interne peut prendre du temps et vite coûter extrêmement cher.

Un voyage à la Silicon Valley en mars/avril 2019 a permis de constater que ce constat est partagé au niveau mondiale, avec une demande forte des entreprises de tous secteurs pour des solutions IA « off the shelf », sur étagère, directement (ou presque) prêtes à l’usage. Certaines personnes rencontrées là bas interviennent d’ailleurs de façon ponctuelle et externe à notre projet.

L’idée donc de Parcoor, c’est de rendre accessible l’IA au plus grand nombre, y compris aux PME.

Vers la fin du printemps 2019, quand mon frère me présente son idée, j’ai très vite été enthousiaste à l’idée de développer ce projet, confirmé par le retour très positif de mon réseau de managers et d’entrepreneurs.

On a appelé notre société « parcoor » en raison d’une méthode qu’on utilise pour la transformation des données en image, ce sont les coordonnées parallèles (« parallel coordinates » en anglais), parce que ça fait un usage intensif du parallélisme à tous les niveaux (usage de tous les processeurs en parallèle pour que ça marche plus efficacement) et qu’à la fin du « parcoor » (transformation en image, entraînement du réseau de neurones et sa mise en production) les données sont productives.

Que doit-on retenir de l’IA ?

Ce qu’on devrait retenir de l’IA, c’est que c’est une technologie extraordinaire qui va très vite devenir incontournable et révolutionner nos sociétés pour peu qu’elle soit utilisée avec conscience.

Est-ce que Uber est un exemple de service développé grâce à l’IA ?

L’idée au départ d’Uber, ça a été de mettre directement en relation les chauffeurs et les usagers de voitures avec chauffeur privé via une application mobile.

Le but étant, pour les usagers, de réduire les coûts (par rapport aux taxis « classiques ») et de faciliter l’utilisation de ce type de services (application sur son smartphone). Pour les chauffeurs, de gagner en autonomie et en flexibilité.

Uber s’est donc développé grâce à deux technologies : les objets connectés (smartphones) et la géolocalisation (mise en relation optimisée entre chauffeurs et usagers). L’IA permet à Uber d’optimiser leurs services mais n’est pas « indispensable », d’ailleurs, Uber a développé sa propre plateforme de machine learning qu’en 2015, soit 6 ans après sa création. Aujourd’hui, Uber utilise l’IA pour optimiser ses activités, comme par exemple, optimiser la distribution des tournées ou modérer les commentaires via un robot.

Avec la multiplication des conflits sociaux qui sont engendrés par leur business model, leur système de rémunération des chauffeursUber et la précarité dans laquelle ils se trouvent notamment, incite Uber à investir massivement dans la voiture autonome. Le cas des voitures autonomes, par contre, est un cas où l’IA est indispensable : reconnaissance des panneaux de signalisation, reconnaissance d’obstacle, anticipation des trajectoires, etc.

Uber n’est donc pas une société qui est née grâce à l’IA mais qui a pleinement profité de cette nouvelle technologie pour se développer.

Un dernier mot ?

Je tiens à vous remercier pour l’intérêt que vous nous portez et je voudrais remercier tous ceux qui nous soutiennent dans cette formidable aventure, à commencer par ma famille.

Merci à vous Denis !

Contact de Denis :

https://www.linkedin.com/in/denis-capel/ // https://parcoor.com/

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Léa Weismuller : https://www.instagram.com/salem__photograph/

2 commentaires sur « Interview – Denis CEO de Parcoor – expert en IA »

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